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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 19:28

19/05/2011

 

Document exceptionnel et inédit, les notes et de dessins consignées entre février et septembre 1833 sous le titre Pensées, Sujets, ­Fragments ­constituent un témoignage irremplacable sur le processus créatif de Balzac.
Document exceptionnel et inédit, les notes et de dessins consignées entre février et septembre 1833 sous le titre Pensées, Sujets, ­Fragments ­constituent un témoignage irremplacable sur le processus créatif de Balzac.

L'écrivain y exposait ses notes de travail et le projet de La Comédie humaine.

C'est une histoire qui fait rêver le monde de l'édition: on a retrouvé des inédits d'un des plus grands écrivains français. Bien sûr, ce n'est pas un roman exhumé d'une mallette égarée au fond d'un grenier. Non, ce n'est qu'un carnet de travail, mais il dit tant de choses sur la genèse d'une œuvre immense, peut-être la plus aboutie de la littérature: La Comédie humaine d'Honoré de Balzac.

Ce carnet porte un titre: Pensées, Sujets, Fragments, suivi des dates «février 1933-27 sep­tembre 1833». Il contient 56 feuillets de notes, d'aphorismes, de dessins, de schémas. L'écriture est très fine, serrée. On doit cette découverte à Gérard Lhéritier, collectionneur et fondateur du Musée des lettres et manuscrits.

Il y a un an, il a acquis ce précieux document dont les spécialistes de Balzac savaient qu'il existait mais ignoraient où il pouvait bien se trouver. On le sait maintenant, ce texte a d'abord été la propriété de Gustave Clément-Simon qui l'avait récupéré après la dispersion des papiers de l'auteur d'Eugénie Grandet. Puis du vicomte Charles de Lovenjoul, l'un des plus grands collectionneurs de la littérature française. Le carnet est longtemps resté dans les mains de Jacques Crépet, fin analyste de l'écrivain prolixe. C'est au cours d'une vente aux enchères que Gérard Lhéritier, bibliophile passionné, emporta la mise.

 

 

Encre noire, sépia et violette

Ce précieux carnet, le grand public pourra désormais le voir. Auparavant, le romancier Gonzague Saint Bris, descendant de la famille Mame, l'éditeur de Balzac, a pu le consulter. «Mon appartement avait brûlé, et tout est parti en fumée: ma collection Mame s'y trouvait avec des autographes et des lettres de Balzac. Quand il en a eu connaissance, Gérard Lhéritier a déposé dans mes mains cette pièce unique dont j'avais entendu parler puisque je prépare une biographie de Balzac depuis une dizaine d'années.»

Le patron du Musée des lettres et manuscrits a simplement dit à Gonzague Saint Bris: «Ça va peut-être vous consoler.» Et lui a offert la possibilité de consulter le document pour apporter une touche différente à la biographie de Balzac à laquelle il travaillait. Un joli cadeau quand on passe après des études signées Théophile Gautier, Stefan Zweig, Claude Mauriac, André Maurois, Félicien Marceau. À plusieurs reprises, le descendant de Louis Mame s'est retrouvé dans le bureau de Lhéritier, celui-ci sortant du coffre le carnet, et Saint Bris, feuilletant, avec des gants transparents, les pages manuscrites à l'encre noire, sépia et violette.

«Garde-manger»

Dans cet album que Balzac a lui-même qualifié de «grand parc de mes idées» ou parfois de «garde-manger», on découvre les fragments d'une œuvre en train de se constituer. Ainsi, le canevas du Père Goriot est-il résumé en quatre lignes: «Sujet du père Goriot - un brave homme - pension bourgeoise - 600 francs de rente - s'étant dépouillé pour ses filles qui toutes deux ont 50.000 de rente, mourant comme un chien.» Il y a aussi des phrases jetées apparemment sans lien mais que l'on retrouvera dans un roman: «Un grand crime, c'est quelquefois un poème», qu'il placera dans La Peau de chagrin.

À côté de ces abondantes notes sur son travail littéraire, indique le musée, Balzac utilisa aussi cet album pour des indications pratiques, comme un plan d'habitation, des aide-mémoire, des dessins, une liste de noms de personnes… Dans une lettre à Mme Hanska, le créateur de La Comédie humaine évoquait ce carnet qu'il tenait toujours avec lui: «Mon livre, où j'ai mis toutes les pensées de mes ouvrages et tant de choses…»

 

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Published by Gonzague Saint Bris - dans Articles Parus
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